Escapade entre rochers enchantés et très vieilles pierres à Cuenca et ses alentours, J2
Mercredi 14 octobre, à nous Cuenca... Bagages à nouveau chargés dans le bus qui nous retrouvera au pied de la ville après le déjeuner, nous sommes fins prêts pour la visite de cette étonnante cité chargée d'histoire, d'architecture de guingois et d'art contemporain...

que nous racontera Lola, notre guide francophone pour la matinée. Alors, suivons le guide...

Et si nous commencions par emboîter le pas à ce cortège de religieuses qui passent au pied de la cathédrale? L'illusion est presque parfaite, mais ce sont des parasols repliés et nous n'irions pas loin... Il y a beaucoup d'anciens couvents, églises, monastères et autres ermitages dans cette cité très catholique depuis le 12ème siècle, mais pas l'ombre d'un moine ou d'une nonne...

Dans ce site particulièrement encaissé, choisi pour cette raison au 8ème siècle par les Berbères pour y construire une ville qu'ils pourraient facilement défendre (ce que leurs descendants ont amèrement regretté 4 siècles plus tard quand Alfonso VIII les y a piégés au terme d'un long siège, car un site où on peut pas rentrer est aussi un site dont on ne peut pas sortir, CQFD...), dans ce site particulièrement encaissé donc, rien d'étonnant à trouver des maisons aussi collées entre elles jusqu'à littéralement s'imbriquebroquer les unes dans les autres. En montant le plus haut possible?... Erreur!!!!! Si Lola confirme qu'on y trouve les premiers gratte-ciels d'Europe, c'est vers le bas qu'ils grimpaient. En d'autres mots, les étages successifs, jusqu'à 14 pour certains immeubles, s'y sont construits dans le sens de la descente. Et non seulement, c'est dingue, mais en plus il paraît que c'est pas facile.....

La preuve en images... Règle d'or, ne jamais construire droit (tous les maçons espagnols ont dû apprendre leur métier ici...). Et sinon, alterner le convexe et le concave, s'accrocher à un moment ou à un autre à une rue qui passe par là, mettre des cales aux meubles et ne laisser dépasser de la façade que les wc et les balcons. Le résultat a un charme fou mais il faut aimer les escaliers.

Peu de grilles au fenêtres de ces gratte-ciels locaux. Elles alourdiraient sans doute dangereusement le bâti. Mais partout ailleurs dans les rues de la vieille ville. Ces grilles ouvragées sont d'ailleurs une des spécialités qui ont fait prospérer la cité autrefois, avec l'industrie textile et particulièrement le tissage de la laine.

Autre marque de fabrique de Cuenca, ses maisons suspendues, les casas colgadas. Il n'en reste plus que 3, accrochées au dessus des gorges du Huécar,

dont celle-ci, devenue le Museo de Arte Abstracto Español sous l'impulsion du peintre Fernando Zóbel au milieu des années 60.

Un musée magnifiquement restauré qui expose encore Zóbel, mais aussi d'autres grands peintres espagnols comme Sempere, Tapies, Torner, Chillida...

Mais quelle belle maison!!! Elle n'est pas à vendre, par hasard???

Autre symbole important de Cuenca, son pont de San Pablo, reconstruit en métal au début du 20ème siècle après l'écroulement du pont d'origine datant du milieu du 16ème. Le dynamitage des ruines restant de l'ancien pont n'aurait pas fait que du bien à la ville.

Pas de risque. Celui-là est solide, même si sa hauteur de 39 mètres maximum en rend certaines un peu nerveuses... Il est pourtant large et protégé par deux solides rambardes. Ça doit être une question de transparence et d'apparente légèreté. Faites moi penser à vous présenter deux ou trois ponts de singe que j'ai bien connus... Et puis, si vous avez le vertige sur ce pont, pensez à la tyrolienne qui traverse la gorge et que nous avons vu démarrer avec 2 personnes au dessous des antennes en face. Vous vous sentirez tout de suite beaucoup mieux...

En tous cas, rien de tel qu'un pont arachnéen pour une dernière photo sur des casas colgadas. On ne s'en lasse décidément pas.

Pas plus que de ce décor de maisons perchées, faisant corps entre elles et avec leur socle commun de falaises érodées, pour mieux résister au temps , à la gravité et aux éléments sans doute.

Et pendant ce temps-là, la cathédrale de Santa María y San Julián attend patiemment notre visite. Pas prévue initialement au programme des réjouissances mais valant vraiment la peine selon Lola.

Alors d'accord! Et après une petite pause café, tout le monde (ou presque) se retrouve au pied des marches. Nous allons savoir ce qui se cache derrière cette façade à la Notre-Dame de Paris, fruit d'une reconstruction inachevée du début des années 1900 dont le manque de fonds a laissé définitivement les tours et les flèches prévues initialement au fond des cartons de l'architecte qui se rêvait en Viollet-le-Duc.

Face à cette incroyable succession de nefs, d'absides, de salle capitulaire, de choeur, de chapelles, de sacristies, parcourues un peu au pas de course, plus riches et remarquables les uns et les unes que les autres, je ne sais pas ce que chacun a pensé, aimé, ressenti. Personnellement, je serais bien restée sans bouger au coeur de la cathédrale à baigner dans l'émotion lumineuse créée par les vitraux de Gustavo Torner et Gerardo Rueda installés en 1995 (si j'en crois ma documentation).

Bien loin de tous les spectacles son et lumières qui font recette aujourd'hui dans les églises.

Juste des vitraux et du soleil...

Ah oui! Et je me souviendrai aussi de la simplicité et de la beauté de cette statue romane en bois polychrome perdue dans toute cette immensité néo-gothique.

Il reste à notre petite troupe à repartir vers les hauts de Cuenca, en empruntant de jolies ruelles entourées de maisons et de jardins chargés d'histoire, dont, a esta altura del partido, je n'infligerai à personne (ni à moi ni aux lecteurs de ce blog...) le récit.
De toutes façons, la Fondation Antonio Pérez, centre d'art moderne installé dans un ancien couvent de carmélites déchaussées nous attend pour notre dernière visite du jour. Un coup de mou les amis??? Allez, on y croit...

Regardez Jérôme... Il y croit lui. Même si cette fondation créée par un collectionneur, artiste et poète, décédé depuis peu, ressemble plutôt à un musée des arts modestes et l'ancien couvent des carmélites à un "gratte-ciel de Cuenca", avec ses milliers de coins et de recoins, et ses étages, demi-étages, doubles étages montant et descendant sans fin et sans logique comme dans un dessin d'Escher.
Jérôme, non seulement il y croit, mais il est en train de nous faire une performance artistique... C'est dingue!!! Bravo Jérôme!!!!

Henri-Claude s'y essaie aussi. Mais sa motivation semble peut-être un peu moins artistique...

Je vous demande de vous arrêter comme dirait..., comme dirait qui déjà ? Ah oui, RUDALLAB. Vous avez la réf???

Laurent, lui, reste songeur devant ce lit, peut-être en rêvant d'y faire une sieste. Mais je soupçonne que tous ceux qui sont passés devant ce tableau, ont caressé l'idée de s'y allonger...

Allez, on s'arrache avant de devenir fou et de grimper aux murs. Non sans avoir tout de même profité du paysage à l'occasion du passage près d'une fenêtre du musée...Vue imprenable et furtive sur le Parador de Cuenca construit sur l'ancien couvent de San Pablo.

Si on veut être à 14 heures au restaurant, au bord du Rio Jucar, il faut entamer notre descente sans plus attendre...

... en empruntant cette voie plutôt charmante, affublé bizarrement du nom de "descente vers les angoisses".

Peut-être à cause des "ojos de la mora" (les yeux de la maure), peints il y a quelques années sur la falaise d'en face par un artiste anonyme. Qui avait décidé de rendre explicite et un peu plus réaliste cette formation naturelle de la roche. Alimentant encore plus une légende sur l'amour impossible entre une jeune maure et un soldat chrétien, tué avant de rejoindre sa bien-aimée, dont le regard perçait, depuis, la montagne. Plus kitsch que vraiment flippant finalement. Et surtout étonnant, car la peinture est restée, les autorités validant de ce fait implicitement la démarche de l'artiste.

En tous cas, les angoisses du chemin ne peuvent pas venir de cet environnement bucolique...

... ni du cours paisible et ombragé du Jucar qui nous attend tout en bas. Donc, le mystère reste entier... Si quelqu'un a la réponse, je suis preneuse...

En attendant, il fait faim et nous avons bien l'intention de nous régaler au Restaurant Recreo Peral...

... avant de reprendre le bus du retour, avec la satisfaction du devoir accompli...

...en ayant la conscience tranquille

... en gardant la tête froide et les idées claires

...en sachant se donner le temps de la réflexion et de l'analyse

...en se préservant des espaces de méditation

... en se recentrant sur son moi intérieur et sa pleine conscience.

Bref, dans le bus du retour, on roupille profondément, sérieusement et intensément.

Ah, j'oubliais... Henri-Claude a également conduit le bus pendant que vous dormiez. Le chauffeur avait besoin d'une petite sieste lui aussi...

Cuenca, c'est fini!!! Et dire que c'était la ville... Non, ce n'était pas la ville de mon premier amour. Mais c'était une très jolie destination. Et nous, ça nous a donné envie d'y revenir un jour contrairement à la chanson.
C'est tout aussi pour ce blog. À suivre et vive les étages qui se construisent vers le bas et les angoisses, surtout quand elles sont imaginaires...


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