Sur les hauteurs de Vilafames quand le soleil a rendez-vous avec la lune
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Mercredi 12 août, jour d'éclipse totale du soleil sur notre coin d'Espagne. Plus précisément, au nord de notre coin d'Espagne, dans la région de Castellón de la Plana, à 200 kms de Moraira. Même si les 2 années qui viennent nous réservent aussi des éclipses ibériques, l'une totale et l'autre annulaire, celles-ci ne nous feront pas l'honneur d'être visibles d'aussi près. L'occasion est donc à saisir à tout prix. Y compris 4 ou 5 heures de voiture aller retour, sans certitude complète d'un ciel parfaitement dégagé ou de routes non bloquées. La météo est un chouïa incertaine et les autorités espagnoles n'ont pas du tout l'intention de laisser envahir leurs montagnes et leurs sentiers par des hordes de touristes déchaînés susceptibles de se perdre, de se blesser, ou, pire, de foutre le feu!!!

Mais Gabriel a tout prévu pour profiter au maximum de cet évènement, avec sa femme, Djennane, et son amie astrophysicienne, Sylvia, tous venus de Suisse pour la circonstance. Il y a quelques mois, nous avons décidé d'être de la partie, Henri-Claude-les-bons-tuyaux et moi. En amenant avec nous Simon, Julien et deux de nos petits-enfants, Inès et Maël, encore en vacances à Moraira. Nous sommes donc 9 et 2 voitures à prendre la route dès 12 heures (on n'est jamais trop prudents et de gros embouteillages sont annoncés) pour Vilafames, un village pittoresque au nord de Castellón, dont le château a été validé par Gabriel et Sylvia comme spot idéal d'observation.

Nous n'arrivons sur site que 3 bonnes heures et quelques itinéraires de délestage plus tard. Affamés. Sans autre chose à nous mettre sous la dent que quelques bonnes blagues autoroutières. Notamment cette inscription lumineuse qui, faute d'annoncer utilement l'importance du trafic et d'éventuels bouchons, informe alternativement les automobilistes que c'est le 12 août et qu'il y a une éclipse totale du soleil (non, sans blague?) ou qu'il est interdit de conduire avec les lunettes anti éclipse (sans rire????).

Ou des questions particulièrement inspirées de nos 2 ados, du style : "Tu crois que l'astrologue va pouvoir me révéler mon horoscope?" "As-tro-no-me, Inès, pas astrologue!!!" "Bon, mais alors, tu penses qu'elle connaît des cosmonautes ? Ou qu'elle a rencontré des extra-terrestres?" "...???... "
"Et, c'est quand qu'on arrive ?" "Et on va manger dans un restaurant là-bas?"
Ouiiiiiiiiiii Maël. À cette question que tous se posent sans l'avouer et sans oser l'espérer, la réponse est ouiiiiiiii! Alléluiah!!! Et vive Rulio, restau local hyperactif, accueillant et plutôt correct, qui, pourtant déjà bien plein, nous offre sa terrasse, dans la rue qui mène au château. (Oui cette rue-là. Mais un peu plus loin et plus haut, heureusement. Histoire de ne pas tenter le mauvais sort, au cas où ce jour d'éclipse totale serait aussi celui choisi par cette baleine minérale pour quitter son rocher...)

Une rue balayée par un délicieux courant d'air qui rend supportable la chaleur du début d'après-midi. Balayée comme le client qui sirotait tranquillement son café, éjecté sans ménagement par la serveuse, d'un "Vas bosser, mon coco..., j'ai besoin de la table!" ou quelque chose d'approchant. Balayée comme nos excuses de circonstances à ce dernier, d'un "Pas de problème, c'est ma cousine" rigolard...
Voilà une éclipse qui commence plutôt bien...

Le repas vivement avalé, nous continuons notre montée vers le château et le point d'observation. Les femmes et les enfants en tous cas.

Les hommes, eux, sont redescendus aux voitures récupérer sièges, glacières et ravitaillement en vue d'une installation confortable pour les 3 ou 4 heures d'attente à venir. Courage Julien, plus que 100 mètres de dénivelé, 4 ou 5 virages et une trentaine de marches. Le bol de sangria est tout près... si ta life va jusque là... Car, de son propre aveu, Julien est au bout de sa vie... Ça se mérite un château en Espagne quand il est accroché tout en haut d'un village écrasé de chaleur à l'heure de la sieste et de la digestion...

Ouf! On y est. Bonne idée d'être partis tôt de Moraira. Il y a déjà un peu de monde sur site, mais nous avons encore la possibilité de squatter le premier rang des fauteuifs d'orchestre à l'azimut parfait de l'éclipse. La chance!!!! Inès, Maël, Simon et Julien, allez-y! Vous pouvez poser toutes vos questions à Sylvia, qui ne se fait pas prier pour répondre avec patience et pédagogie (il n'y a que sur l'astrologie qu'elle sèche... mais personne n'est parfait!). Tout baigne... ou presque! Le ciel, lui, laisse un peu à désirer.

Ce cumulonimbus géant se tape franchement l'incruste. Et il pourrait fort bien ne pas se dissiper dans les 3 prochaines heures. C'est en tous cas ce que nous prédit Ludwig, qui vient de rejoindre Vilafames, mais décide de partir à la recherche d'un nouveau spot. Fort de son expérience de pilote d'avion (qu'il est toujours chez Qatar Airways), il pense que ce type de nuage d'orage est totalement statique et met en péril l'observation. Aucun d'entre nous ne fait mine de bouger. Il reste du temps au soleil pour descendre vers le ciel bleu. Et ne parlons pas des 90 kms supplémentaires qu'il faudrait s'avaler sans garantie aucune après avoir abandonné notre installation confortable et redescendu tout notre barda . Non merci!!!

Sylvia n'a pas l'air très inquiète. Et Gabriel ne lâche rien!!!

Nous n'allons pas regretter d'avoir tenu bon. Le moment venu, le cumulonimbus se fera un peu plus discret, faute de disparaître complètement. Et le soleil sortira du placard assez durablement, malgré 2 ou 3 passages de nuages aussi intempestifs que fugaces. En attendant, il y a de plus en plus de monde à l'orchestre...

... et même au balcon.

L'heure approche. Et si on essayait nos lunettes? Normal que ce soit tout noir? Oui. Ces lunettes ne permettent de voir QUE le soleil. En éclipsant tout le reste. Jusqu'à ce que le soleil s'éclipse lui aussi. Ce qui nous permettra de les enlever. Dingue, non????

Ce sont les mystères de la physique. Et quel joli sourire, Sylvia!!!!

C'est fou comme les lunettes d'éclipse réveillent le grand fauve qui sommeille en toi, Julien...

Mon nez me chatouille. On dirait que le soleil est sorti de derrière son rideau de nuage. Attention, ça va commencer....

Acte 1. La lune attaque par le flanc droit et commence à grignoter un petit bout de l'étoile. La foule retient son souffle, se demande si..., a l'impression que..., tâte du bout des lunettes le rond qui ne l'est plus autant, jusqu'à ce que le doute ne soit plus permis. La lune s'est invitée. Le noir d'encre a gagné un peu de terrain. Et les applaudissements et les cris de joie éclatent... saluant le début de l'éclipse.

Acte 2. Le croissant qui se formait est en train de s'estomper, comme si quelqu'un l'effaçait avec un chiffon plein de cirage bien noir... "Ououououhhhhhhhh! "siffle la foule en colère. Ce n'est pourtant qu'un nuage en forme de seiche, arrivé d'on ne sait où, qui va repartir sans s'excuser mais rapidement, entraîné par sa dérive ascendante. Le retour des rayons renvoie vite les lunettes sur leurs nez et déclenche un grand soupir collectif de satisfaction et une nouvelle salve d'applaudissements.

Tel Guignol aux Tuileries ou un film de Charlot aux premiers temps du cinéma, l'éclipse libère un émerveillement et une allégresse totalement décomplexés et sans filtre. Et le spectacle est aussi dans la salle, captivée, émue, en extase... sauf ce monsieur qui n'oublie pas de surveiller le temps qui passe...

Petits et grands sont comme hypnotisés...

Il y a ceux qui tiennent leurs lunettes et ceux qui leur font confiance.

Ceux qui oublient tout, emportés par l'ivresse du moment, et qui crient "coupez!" "on la refait!"

Il y a Mulder et Scully et leurs lunettes futuristes vintage sans branches en mode X Files...

Il y a la femme qui a failli être sur la photo, mais pas d'bol!!!

Il y a Obelix aussi, qui ne lève surtout pas les yeux, de peur que le ciel lui tombe sur la tête...

Et quelque part, il y a Ludwig, alone in the pampa!!!

Merci pour la photo Ludwig! Mais on a la même ici...

Maël et Inès psychotent et se font des films. "Je sens quelque chose" "Je crois que j'ai regardé une seconde" "Tu penses que je vais être aveugle?" "Mamou, j'ai peur!..."

On se calme les loulous!!! Et tu peux enlever ton chapeau Inès, il y a encore un nuage...

Le nuage est parti une fois de plus et le croissant est parfait.

Dehors, la lumière change et se réchauffe. Dedans, derrière les lunettes, le noir gagne du terrain inexorablement.

Jusqu'au moment où le dehors et le dedans se rejoignent dans une incroyable fusion soleillune qui fait dresser les poils, déclenche l'émotion primale et le frisson originel. Je m'emballe, là!!!!!!!!!!!!!!! Mais cette minute trente est d'une intensité.... intense !!!! En fait, y'a pas de mots! C'est à pleurer!!!!!! En revanche, il ne fait ni vraiment nuit ni très froid comme nous l'ont annoncé des oiseaux de mauvaise augure. Winter is not coming et les polaires que nous avons apportées auraient pu rester à la maison...

Et soudain, le jour se relève à 20h30 y pico, dans une drôle de lumière mélangeant la clarté de l'aube et la chaleur du crépuscule.

Juste le temps d'en profiter...

... de savourer l'instant, d'observer le croissant se reformer et grossir par la droite...

... avant de disparaître peu à peu, escamoté par la chaîne de montagnes au loin.

Et la fête se termine faute de combattants. Le soleil est parti. Et la lune a disparu derrière les nuages.

On peut ranger les lunettes...

Il n'y aura pas de rappel!!! Seulement quelques applaudissements et le silence.

Certains restent là, plongés dans leurs pensées.

Tandis que d'autres, plus prosaïquement, cassent la croûte... Ça creuse les éclipses, c'est bien connu...

Il ne nous reste plus qu'à redescendre ce que nous avons monté dans ce village aussi beau de jour que de nuit...

Dernière petite halte pour un café chez Rulio, avant retour à Moraira. Merci Gabriel, Djennane et Sylvia d'avoir organisé et commenté cette journée magique en nous faisant découvrir un très bel endroit.

Merci pour ce moment au soleil et à la lune. Tant pis si vous avez fait mentir Trenet. Le soleil avait rendez-vous avec la lune. La lune le savait et elle était bien là. Nul besoin de l'attendre pour ce lent et langoureux tango de lumière et d'ombres.
Voilà... C'est tout pour ce blog et vive les cumulonimbus qui finissent par se dissiper et les embouteillages du retour surtout quand il n'y en a pas...


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