Sur les routes et les sentiers du Kenya J5, Tsavo Est
- 27 avr.
- 6 min de lecture
Jeudi matin, ça pique un peu quand nous quittons le Severin Safari Camp à 7 heures du matin "et des"(comme disent les belges). Pourquoi si tôt? Parce que dans cette zone, les entrées dans les parcs sont délivrées pour 24h. Et tout dépassement, même minime, entraîne le paiement d'une journée supplémentaire. Nous devons donc passer la Gate de sortie avant 9h40, heure de notre entrée hier. En prenant un peu de marge, au cas où nous croiserions une demi-douzaine de lions, deux trois rhinocéros et un léopard. On peut rêver, surtout quand on dort encore...

Désolés, les impalas, on serait bien restés plus longtemps au petit déjeuner, délicieux au demeurant, mais le devoir et la route nous appellent.

Puisque c'est comme ça, trouvez vos piafs tout seuls. Je termine ma nuit...

Moi non plus, je ne suis là pour personne. À part peut-être un lion!!! Et encore... De toutes façons, Inés continue ses safaris la nuit. Sur la terrasse du bungalow familial, elle a vu une bête toute en longueur avec un pelage tacheté et une queue rayée. Vérification faite, c'était une genette. La chance, Inès!!! Après le scorpion, la genette!!! Appelle-nous la prochaine fois!!!

Heureusement, malgré l'heure matinale, nos deux éternelles vigies sont debout, droits dans leurs godasses et à leur poste d'observation.

Scrutant la nature environnante et ce point d'eau, désespérément vide. J'y crois pas. Même les animaux dorment encore?

Ah non! Voilà Monsieur et Madame Oryx avec leur petit dernier... Et un grand éléphant mâle qui passe la tête derrière les buissons.

Alex s'est arrêté devant un escargot géant d'Afrique (encore appelé Achatine). Il ne risquait pas de rater ses 20 centimètres. Lui qui, lancé à 100 à l'heure sur le bitume, pile devant un bousier, ce scarabée dix fois plus petit, poussant sa pelote sphérique de caca de vache ou d'éléphant jusqu'à son terrier pour s'en nourrir et nourrir ses petits. Ce gastéropode, on a bien pris le temps de le photographier... Alors que pour tirer le portrait des rares élands aperçus il y a un quart d'heure, tintin boule de gomme, ronchonne Julien à l'arrière de la voiture... On est repartis tout de suite... Tout ça pour arriver trois quarts d'heure en avance à la Gate. Non mais j'vous jure... La mutinerie gronde dans les rangs.

Mais à l'avant, Henri-Claude et son coussin de cou s'en tapent. Ils poursuivent leur conversation avec Alex sur la route de Mombasa, au milieu d'une circulation de camions qui semble n'avoir jamais faibli depuis le premier jour et notre départ de Nairobi. Vivement le retour à la wild life!!!

En approche de l'entrée du parc. Comment je sais? Parce que nous passons sous le dispositif électrique qui dissuade les éléphants en cavale de prendre la route pour s'éloigner et entrer dans les villages. Vous vous rappelez? Les fils qui pendent et sont électrifiés la nuit.

Nous y sommes! Juste le temps de dévorer nos sandwichs et hamburgers achetés dans un fast food de Voi, la ville voisine - sauf pour Inès qui a eu juste le temps de chercher le sien et de le découvrir entre les mains d'Alex et déja entamé, pauvre Alex qui ne savait plus où se mettre... et pauvre Inès qui a dû se consoler avec des frites... fermons la parenthèse - et nous entrons à Tsavo Est un peu passé midi. Au moins, nous pourrons faire la grasse mat demain matin.

À peine entrés...

... nous sommes pris en charge par un comité d'accueil de pintades, mais pas n'importe lesquelles, les vulturines s'il vous plaît...

Plus grande que la pintade moyenne, la pintade vulturine réussit l'exploit d'être à la fois hideuse à l'unité et incroyablement graphique en groupe.

Pas mal et très artistique aussi ce camaïeu de terracotta et d'ocres. On dirait qu'un fou de couleurs est venu repeindre une partie du parc.

Et sinon, papou, tu crois qu'on va voir un lion ici aujourd'hui?

Eh ben oui!!! Un lion assez moche, sans doute jeune et à moitié pelé de la crinière (Alex dit que les lions de la région se sont adaptés aux grandes chaleurs et ont de moins en moins de crinière, mouais peut-être, mais celui-là a plutôt l'air d'avoir la pelade, si vous voulez mon avis...). Et sa lionne. Surpris en plein mating, ou plutôt vers la fin, à moins que le roi de la jungle ne pratique le "3 minutes douche comprise". Sa blonde est restée couchée sur le dos. Et lui ne va pas tarder à s'allonger près d'elle pour fumer sa clope. Avant de passer à quelques préliminaires postliminaires à grands coups de langue râpeuse.

Bon! C'est pas qu'on s'ennuie mais il risque de ne plus rien se passer avant des plombes entre ces deux-là. Allons donc voir ailleurs si le loup n'y est pas... Ça nous ferait la chanson compète : "J'ai vu le loup, le scorpion et la genette"...

Mais ailleurs, il n'y a rien d'autre que ce serpent écrasé, un long stripe-bellied sand snake, couleuvre des sables à ventre jaune, qui comme la plupart des serpents des sables, n'est pas dangereux pour l'homme. Ses crocs placés très en arrière de la gorge lui permettent surtout d'injecter du venin dans ses petites proies pour mieux les dissoudre et les digérer.

Après être passés prendre nos bungalows à notre lodge du jour dont j'ai oublié le nom (sans doute parce qu'il n'est pas inoubliable), nous repartons pour notre game drive de la fin d'après-midi. Sans Sarah et les loulous, fatigués par notre réveil matinal et pas fâchés de mettre l'animalier sur pause quelques heures...
La lumière de fin d'après-midi est belle. Elle nous invite à flâner sans autre exigence que de profiter pleinement des rencontres qui se présenteront.

Comme celle de ce francolin sur son arbre mort perché, qui appelle à grand cris et gorge déployée... Qui? Pourquoi? Mystère...

Celle, lointaine mais encore inédite, de ce bubal de Coke, dont nous rencontrons la longue tête pour la première fois de ce voyage.

Ou celle des ces waterbucks (Cobes à croissant) plantés au bord de la piste en attendant un retardataire, et qui partent dès l'arrivée ventre à terre de ce dernier, rejoindre au petit trot le reste de leur troupe.

Ou ce volatile impressionnant, l'outarde de Kori. Un des oiseaux volants les plus lourds du monde, qui peut atteindre 19 kg et 1,3 mètre de hauteur. Celui-là balade sa nonchalance et sa mèche noire dans les hautes herbes tout près de la piste. À la différence du couple d'autruches juste avant qui n'ont pas daigné se rapprocher et dont le souvenir finira par s'estomper.

La rencontre suivante est celle de gazelles photogéniques et peu farouches, auprès desquelles nous nous attardons longuement. Le temps qu'Alex nous explique que cette gazelle de Grant a légèrement évolué dans cette zone pour émerger comme nouvelle espèce dénommée la gazelle de Peter. Alors, est-ce une gazelle de Grant qui se prétend une gazelle de Peter ou l'inverse??? Ce n'est pas clair... Il nous a fallu ensuite attendre que ce mâle aille au bout de son entreprise de séduction avec sa dulcinée. Après de longues minutes passées à la poursuivre de ses assiduités, à la coller de plus en plus, à lui renifler le derrière, à lui caresser le croupion du museau... il lâche finalement l'affaire. Il n'y aura pas de seconde scène de mating pour nous ce soir. Nous pouvons continuer notre route...

Lorsqu'au détour d'un buisson surgit un varan à gorge blanche d'un bon mètre de long à la langue fourchue, nous sommes tellement surpris qu'Henri-Claude n'arrive que tardivement à le shooter, juste au moment où il s'apprête à disparaître dans une termitière

Est-ce sa tanière ou bien a-t-il des vues sur l'alouette qui chante au dessus ou sa progéniture? Nous ne le saurons jamais pas plus que nous ne reverrons ce varan au retour.

Qu'ils sont beaux et paisibles ces éléphants en pleine séance de repas du soir, surtout dans la lumière du couchant. Ici, les éléphants ne sont ni gris ni roses. Ils adoptent la couleur de la terre dont ils se recouvrent à peine sortis du bain. Et la terre d'ici est d'un ocre chaud et généreux. Vous avez vu les petits à droite du groupe. Comme tous les enfants, ils chahutent et ne tiennent pas en place.

Et ces deux un peu moins jeunes s'entraînent. En vue de combats ou d'embrassades ultérieures?

Pas moyen de continuer la boucle jusqu'au lodge. Le parc est en travaux et la piste s'interrompt un peu plus loin, nous a prévenu un autre véhicule. Il faut faire demi-tour et revenir sur nos pas... C'est le conducteur de ce 4X4 qui, à l'insu de son plein gré, a écrasé cette jeune vipère heurtante (puff adder). Il y en avait deux, il n'en a vu qu'une et n'a pas évité l'autre... Dommage! Encore que... La vipère heurtante est considérée comme le serpent le plus dangereux d'Afrique (avec son venin cytotoxique qui s'attaque aux cellules et aux tissus) et c'est aussi l'un des plus répandus. Aïe aïe aïe!!!

Allez! Histoire de conclure ce blog sur une note moins angoissante, notre balade du soir s'achève sur la vision à l'arrêt de ce délicat courvite à triple collier.

Encore un dernier mot et une dernière photo... Je ne résiste pas à vous présenter ce scarabée géant. Qui symbolise à lui seul, tout un dîner de hurlements et sauts de carpe d'Inès, Simon et Julien, dans une salle de restaurant trop éclairée et prise d'assaut par une armée de sauterelles et coléoptères de tous poils.

Et voilà. À suivre pour une dernière demi-journée de safari et le départ vers la côte et la seconde partie de ce voyage.


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