Sur les sentiers de la sierra Mariola
- 26 janv. 2025
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Vendredi 24 janvier, on n'a pas marché depuis notre virée de lundi sur l'Aitana enneigé et la journée promet d'être belle. Henri-Claude, qui ne manque pas une occasion de surfer sur Wikiloc, a déniché sur le massif de la Mariola au dessus d'Alfafara, un parcours rempli de grottes, de villages ibères et de puits de neige. Pas la porte à côté mais tellement tentant ! De quoi finir la semaine en satisfaisant son besoin de reconnaissance et le mien aussi d'ailleurs... En compagnie de Michel et Anne, exceptionnellement disponibles, exceptionnellement intéressés et exceptionnellement prêts à s'enthousiasmer. Bon, ben d'accord, si vous insistez, on y va tous les 4!!!
Et nous voilà ce vendredi matin à 9h20, au pied de la spectaculaire église de ce petit village de 413 habitants, après une heure trente de route et une pause café mémorable dont je vous reparlerai un peu plus tard, prêts à en découdre...

... à en baver même, car la Mariola, ça ne rigole pas... Comme en témoigne cette première montée caillouteuse à souhait dans une pente à 25/30°, qui nous arrache littéralement des 654 mètres d'altitude de notre point de départ pour nous recracher 110 mètres plus haut... Tu parles d'une mise en jambes...

Devant nous, se dresse cette bastide typique de la sierra, en ruines et fière de l'être, coincée entre la falaise sur laquelle elle s'adosse...

et le barranc vertigineux au dessus duquel elle veille. Nous aussi, on est coincés là-haut, en attendant Henri-Claude parti explorer les environs. Enrique, reviens!!! On a un sacré tour à faire et des tas de choses à voir. Ce serait bien de ne pas trop s'écarter du circuit si on veut rentrer avant la nuit...

Encore une grimpette à couvert dans la forêt avant de sortir du bois et de rejoindre un premier plateau où les pins cèdent le terrain aux oliviers et aux chênes verts (carrascas).

On est pas bien là, installées sur 2 pierres qui semblent attendre les randonneurs à l'endroit même où le sentier rencontre le chemin forestier? Taillées pour nos fesses, l'une en fauteil et l'autre en transat... C'est le moment et l'endroit idéals pour boire un coup.

Avant de repartir vers Cabeço de Mariola et son village ibère, à pied comme sur le panneau.

Henri-Claude a bien essayé d'y aller en voiture. Mais pas de vroum vroum qui tienne !!!

Fin du chemin forestier, retour aux sentiers, qui se multiplient et s'évanouissent entre les carrascas... Par ici? Non, par là... Plus à droite? Non, plus à gauche... À moins que...

Même montée sur ce chêne impressionnant, difficile de repérer LE sentier qui va bien. Et ne comptez pas sur moi pour faire de l'accrobranche !

De toutes façons, l'essentiel reste de grimper et de s'extraire petit à petit de cet océan de pins, tellement caractéristique de la Mariola...

Comme tous les chemins mènent vers le plateau du Cabeço, le voilà et voilà le village ibère...

... ou ce qu'il reste de ce peuplement qui a sans doute atteint 700 âmes et duré 4 siècles avant d'être détruit pas les romains entre 200 et 100 ans avant Jésus-Christ.

Et quand on erre chez les ibères, à la recherche d'on ne sait pas très bien quels vestiges d'un passé très lointain, le tracé Wikiloc perd un peu en précision...

Finalement, rien ne vaut un bon point de vue! On peut dire ce qu'on veut des ibères, mais ils avaient bien choisi leur coin. Ça ne les pas empêchés de se faire surprendre par les romains. Sans doute un jour où ils ne devaient pas être iber-vigilants !!!

Nous, on va encore remonter le temps et descendre à la grotte Bolumini. Paris attendra...

Perso, je ne la sens pas, cette dalle en pente. Je l'ai trouvée glissante dès que j'ai posé un pied dessus.

Une dernière photo et je me casse en mode toboggan...

Anne aussi... mais un peu trop tard! La chute aurait été drôle si elle n'avait pas atterri sur son coude droit. Rien de cassé heureusement mais ça fait mal... Vite, un peu d'Hélichryse, cette huile essentielle à base de siempre viva (ou immortelle), le remède miracle des randonneurs en cas de contusion.

Allons nous consoler dans la grotte, monumentale et ébouriffante... On s'y perdrait... D'ailleurs, où suis-je???

Là, côté jardin!!! Venez me rejoindre, la visite va commencer...

Quand on se donne la peine d'entrer, la vue depuis le salon-cuisine-salle-à-manger-hall-d'entrée-chambres-à-coucher est à couper le souffle!

Les chambres sont cosy avec alcove douillette et table de nuit...

C'est parfois un peu bas de plafond, je vous l'accorde, mais très bien décoré...

Descend de là Henri-Claude et lave-toi les mains la prochaine fois avant de toucher à tout...

Viens plutôt photographier la chambre nuptiale avec sa curieuse gravure naturelle qui dessine presque une flamme sortant de l'âtre... En fait, tous les idiots qui ont gravé leurs noms ou leurs commentaires grivois sur la roche ont peut-être sans le savoir profané une tombe. Car les ornements, objets et fragments de céramique trouvés dans la grotte laissent à penser qu'elle servait encore de lieu de sépulture pour les habitants de la région il y a environ 5000 ans.

Pas mal comme dernière demeure...

Nous, on n'a pas l'intention de faire de vieux os dans le coin et on remonte par là où nous sommes descendus. En évitant soigneusement la roche qui n'a pas laissé que de bons souvenirs à certaine...

Et sans un regard pour le paysage où apparaît pour la première fois, mais pas la dernière, la ville de Bocayrent. Heureusement qu'Henri-Claude a fait la photo!!!

Allez, on avance!!! À force de zigzaguer sur le sentier en ratant régulièrement les embranchements, histoire d'allonger les kilomètres, nous avons changé de colline. En nous retournant, on peut voir le Cabeço et les tatouages de son village ibère dans le fond de l'image.

Et en face de nous, tout n'est que plaines et bosses à perte de vue. En parlant de vue, voilà une bastide qui n'en manque pas... à défaut de compagnie!

Drôles de dames pour une drôle de formation rocheuse... Une sorte de mange-debout géant, ou de dolmenhir pour les lecteurs bretons, qui répond au nom de Taulellets.

Henri-Claude n'a pas pu s'empêcher d'y grimper.

Et pour prendre la lumière, il est prêt à tout, même à mettre sa tête sur le billot. J'vous jure...

Ça c'est quand tu t'appelles Anne, que tu es descendue de ta tour et que tu vois celui qui ne voit rien venir...

Et ça, c'est Michel qui se dit que décidément ce truc lui rappelle quelque chose. Cachottier va!!! Quand je pense que, lundi dans la neige, tu prétendais avoir tellement froid que tu ne la trouvais plus!!!!!

Bon, j'arrête mes plaisanteries de carabin. Même si tout là-haut se dresse une nouvelle b... borne géodésique! Celle du sommet de la Mariola, el Portin, qui culmine à 1087 mètres.

Attention tout de même de ne pas s'y précipiter en courant tête baissée! La Cava de Taulellets (encore...), un des nombreux puits de neige qui mitent le massif, cache ses 10 bons mètres de profondeur en plein sur l'azymut au milieu d'une abondante végétation.

Je vous rassure : à notre âge, ça fait belle lurette qu'on ne court plus sur les pentes, même en descendant. Alors, en montant... même pas en rêve!!! En montant, tous les prétextes sont bons pour s'arrêter...

Regarder le paysage, par exemple, et celui-ci là le vaut bien...

ou pique-niquer joyeusement...

et prendre un verre au bar, accoudé au comptoir!

Et maintenant, il est un peu plus de 13 heures, nous n'avons pas encore fait la moitié du chemin et il faut trouver comment descendre d'ici...

En évitant si possible de me suivre, car c'est un jour où je n'aurai pas mon diplôme de guide. Ni de lecture de Wikiloc que je m'obstine à interpréter de travers... Mon cerveau féminin a dû prendre le contrôle là-haut...

Pas grave, on avait perdu le nord et on a retrouvé nos marques...

et le puits de neige Don Miguel, l'un des plus grands de la région, que nous avions déjà visité en mars puis juin 2023 dans une rando sur ce thème au départ d'Agres.

Cette fois, c'est par derrière que notre circuit rejoint Don Miguel...

... et sa gigantesque enceinte de 11m de profondeur et 14,5m de diamètre

Vous la reconnaissez, sa forme caractéristique de forteresse bâtie au 19è siècle?

Salut l'abeille!!! On ne fait que passer et on ne te dérange pas plus longtemps... Il faut qu'on avance et l'heure tourne.

Nous quittons Don Miguel, au point bleu. Mais les kilomètres qui restent vont compter double. Car des montagnes russes nous attendent...

Quand on se croit prêt d'arriver, au terme d'une descente qui alterne avec perversité chemin forestier confortable et sentier chaotique en quasi chute libre, ce n'est pas Alfafara qui nous tend les bras, mais Agres...

Et quand, après une interminable remontada qui n'en finit pas de contourner le massif, on voit enfin Alfafara, pas question de prendre la route vers le bas. Ce serait trop facile et surtout idiot, puisque notre voiture nous attend très au dessus du village...

Il faut remonter et remonter encore, et reprendre un énième sentier, qui tout à coup disparaît, emporté sur quelques mètres par un glissement de terrain. Ben, on fait quoi, nous? Pas de photo en tous cas, car trop occupés à négocier un devers aussi acrobatique que glissant où, par miracle, tout le monde reste debout...

Mais voilà la cerise sur le gâteau, promesse de récompense pour les valeureux marcheurs qui feront ce circuit à une saison plus printanière : la Bassa de la Cova de la Font forme une piscine d'eau claire et profonde dans laquelle se baigner devrait être une gâterie délicieuse de fin de rando. Car youpiiiii, nous y sommes ou presque, après plus de 14 kms, 700 m de dénivelé et 6h30 de marche.

On pourrait fêter ça au Bar Ca Vaquero... Mais non, on ne le fera pas. Et même, à l'avenir, on l'évitera, le Bar Ca Vaquero. Car il nous a laissé un goût amer dans la bouche ce matin. Accueil froid et attitude fermée du patron et du jeune aux manettes, qui mettent du temps à entendre notre commande de solos y cafes con leche et nous les balancent sur le comptoir sans décoincer ni un sourire ni un mot. Henri-Claude, peu sensible à l'ambiance (le jour de sa naissance, l'empathie n'était qu'en option et il a plutôt choisi la tchatche...) et éternel optimiste (ceci expliquant peut-être cela), fait sa vie, prend une photo d'une vue de la grotte Bolumini accrochée au mur près du bar...

...puis, avant de partir, sort un paquet de café d'une caisse posée à côté sur une table pour montrer à Anne la marque Barsel, notre préférée. "Que haces??? " rugit le jeune qui passait par là et le lui arrache des mains. "Pero que te crees???" renchérit en aboyant le patron, surgi de derrière son comptoir. "Tomas foto sin pedir permiso, tocas el paquete de cafe, todo sin pedir permiso!!! Sale de aqui!!!"
On n'en est pas encore revenus, à l'heure où j'écris ce blog. Et on n'est pas prêts de revenir non plus. En tous cas, vous êtes prévenus. Et cette photo trouvée sur internet traduit parfaitement le moment et l'esprit. Je ne sais pas si celui qui l'a postée s'est fait jeter comme nous, mais je vous propose de n'en retenir que la sale gueule du petit bonhomme et la flèche de sa bouche qui semble dire "Passez votre chemin!!!"

À suivre, et vive les espagnols du coin dont 99,99% ne sont pas comme ça!!!!


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