Sur les sentiers réparateurs de Bernia
- catherineyautier1

- 25 oct.
- 6 min de lecture
Le 26 novembre 2024, Bernard C. s'est promis de revenir faire le tour de la Bernia le plus vite possible. Il venait de faire une chute de 16 mètres dans la montée vers le tunnel, en rebondissant 3 ou 4 fois sur les rochers. Sa femme Françoise et les copains qui l'accompagnaient dans cette rando entre amis (Didier et Brigitte D., Michel F. et Anne D., Michel P. et Muriel V.) l'ont cru mort. Ils se rappellent encore de son silence pendant cette chute, rythmée par le seul bruit de son corps heurtant la roche. Bernard s'en est heureusement tiré avec une clavicule fracturée, des côtes brisées, un pneumo-thorax, une vertèbre touchée, un poignet en miettes, un tour gratuit en hélicoptère et des mois de soins intensifs, opérations et rééducation en Espagne et en Belgique...
Aujourd'hui, nous sommes le vendredi 24 octobre et le moment est venu pour cette rando réparatrice, organisée par Didier, et qui réunit autour de lui et de Bernard et Françoise, Michel et Anne, Philippe et Isabelle K., et Henri-Claude et moi...

... qui avons bien failli rater le départ pour cause d'accès à la route un brin compromis.

La Bernia, elle, est bien au rendez-vous...

Elle attend Bernard, toujours aussi belle. Sagement et chaudement, en cette matinée d'automne. Bon... pour être tout à fait honnête, elle n'attend pas que nous. Il y a toujours du monde sur ses pentes et aujourd'hui ne fait pas exception à la règle...

C'est quand même à nous que cette petite couleuvre à échelle souhaite la bienvenue sur le bord de la piste d'approche. Pour le plus grand bonheur d'Henri-Claude (Anne, pourquoi tu tousses ? Anne, t'es où???.....)

Tu peux revenir, Anne. La couleuvre est partie dans les fourrés. Et puis cette rencontre est peut-être un signe de bonne augure pour notre randonnée... D'ailleurs, dans de nombreuses cultures, le serpent est symbole de renaissance et de transformation (avec sa mue). Il peut aussi évoquer la sagesse, la connaissance et la médecine (comme le caducée) et inviter à la prudence et à la vigilance. Pas comme Kaa, le python du Livre de la jungle ...

... mais comme Didier, notre coach bien-aimé, notre petit bambou du jour et garde-fou suprême ! Qui nous briefe sérieusement avant de passer aux choses sérieuses. Merci Didier!!! C'est toi qui as raison et je ne devrais pas me gausser... Mais c'est plus fort que moi... et comme tout s'est bien passé (petit spoiler...), je peux me permettre.

Nous laissons Brigitte sur le bord de la fontaine, au pied de la montée.

Elle n'y restera pas et, telle Pénélope avec son ouvrage, mais avec un bon bouquin plutôt, elle nous attendra tranquillement un peu plus bas. Quelle patience !!!

Et c'est parti pour un petit tour et une grande réparation!!!

Sans oublier de nombreux arrêts pour profiter au maximum des panoramas. Parce qu'on est aussi et surtout là pour se faire plaisir et savourer.

Et il y a de quoi s'en mettre plein la vue.

On a beau connaître. On ne s'en lasse jamais...

Même Michel, qui en est pourtant à sa quatrième Bernia de l'année!!! Eh ben, Michel, il remet ça avec de la famille en visite dans 15 jours... Dingue, non??? Michel, c'est pas d'une réparation dont il a besoin, c'est d'une désintoxication...

En parlant de ça, nous voilà arrivés sur le lieu du drame!!! Sans doute quelque part à droite de l'image. Les 3 autres figurants ne sont pas avec nous mais ils feraient bien de faire gaffe.

Bernard, lui, est en train de renouer le fil de ses souvenirs et de se confronter 11 mois après à l'autopsie de sa chute. Façon de parler bien sûr, car il n'est pas question de reproduire la même erreur. Il fallait tourner à droite quelques mètres plus tôt pour éviter ce mur, rejoindre le vrai sentier, un peu caché, et monter plus en douceur. Mais la plupart des randonneurs se trompent à cet endroit, piégés par les apparences et une absence de signalisation.

Cette fois, tout va bien. Bernard est arrivé en haut sur ses pieds et en pleine forme...

Il va enfin pouvoir découvrir le tunnel...

Il est content Bernard et il enfile son orthèse de poignet avec joie. Il a bien raison de le protéger, car cette traversée souterraine du massif n'est une partie de plaisir ni pour les articulations, ni pour le dos, les genoux et les mains. Bon, moi j'y vais, plus vite j'y entre, plus vite j'en sortirai ...

Tiens, voilà Didier, assez content que ça s'arrête aussi, visiblement!!!

Et voilà nos héros!!! Tellement heureux d'être là qu'ils donnent l'impression de vouloir y passer la journée. Et pourtant, je vous assure qu'on est mieux dehors...

Alors Bernard, réparé? délivré? Qu'est-ce que ça fait d'être arrivé au bout du tunnel ??? Qu'est-ce que ça fait de renaître côté sud de la Bernia??????

Et toi, Françoise, ça va??? On dirait que tu as vu la Vierge... C'est pourtant la deuxième fois que tu traverses cette montagne. Après la chute et le départ de Bernard en hélicoptère, le groupe a en effet choisi de poursuivre son tour de la Bernia. Redescendre aurait été plus dangereux compte tenu du terrain très humide et glissant. Et Françoise a suivi bravement mais sans doute dans un état second, en mode zombie et le cerveau débranché. Car elle prend conscience aujourd'hui qu'elle ne se souvient de rien ou presque. Dingue, non????

Elle découvre donc en même temps que Bernard le panorama sud du massif, Callosa, Benidorm, la Gelada et la chaîne des plus hauts sommets de la région. Quel beau spectacle !

Et quels beaux spectateurs!!!

On n'en profiterait pas pour casser une petite croûte? Question de pure forme, chacun sait que tout le monde grignote à la sortie du tunnel. Même les rats sont au courant. La dernière fois que nous sommes venus, Philippe et Isabelle en ont vus. Clémence aussi et elle n'a pas aimé du tout!

Notre guide en chef aurait-il un coup dans le nez? Non, juste une banane à la main et la casquette de travers, comme dab... Le rhum n'est pas sorti de la voiture. Il attend sagement le restaurant...

Dans la série "le tunnel de la Bernia rend fou", voici le duo Michel François et Françoise Claudette en plein Alexandrie Alexandra...

Et je viens de voir Lee Marvin sortir du trou. Je croyais qu'il était mort depuis 40 ans ou presque???

C'est pas tout ça, mais Brigitte nous attend de l'autre côté et il reste les 2/3 du chemin à parcourir, avec encore quelques belles montées. Perso, j'ai toujours trouvé le parcours sur ce versant interminable et exigeant. Ce ne sont pas tant les éboulis comme celui-ci (mais où sont passés les casseurs de cailloux???) que les lapias qui hérissent une partie du sentier comme sur le Montgo et rendent le terrain souvent ingrat et piégeux.

Françoise, qui, depuis la dernière fois, a rebranché son cerveau et ses muscles, en bave un brin. Elle n'est quand même pas à plaindre car elle s'est payé les services de Lee Marvin comme coach sportif et voiture balai. Excusez du peu!!!!

À cet instant précis, elle n'est pas loin du bout de sa vie. Et c'est elle qui le dit...

Fais pas le con Michel, ne tire pas! C'est pas Lee Marvin, c'est Philippe!!!

Il est temps que cette "rando-thérapie" s'arrête. Si pour un réparé, il y en a 9 de dézingués, ça va pas le faire... Heureusement, voilà le fort, particulièrement en beauté depuis les travaux de restauration qui ont redonné du chien à cette ruine sans la dénaturer. Un vrai rêve de chirurgie esthétique!!!

Et nous entamons enfin la descente finale vers le versant nord-ouest, Brigitte et le restaurant. Une descente qui, elle non plus, n'en finit pas de finir... C'est pas tout ça mais les randos réparatrices, ça creuse...

Heureusement que nous sommes en Espagne où no pasa nunca nada, et tous les problèmes s'arrangent. Car Henri-Claude, croyant réserver au Refugio de Bernia, a en fait réservé à celui de Moraira. La patronne du dernier ne lui en veut même pas et celle du premier nous trouve de la place et de quoi nous sustenter sans modération (on aurait été 20 au lieu de 10, je suis sûre qu'il en serait resté...).
Ça n'empêche pas Bernard de faire un discours très touchant et de pousser joliment la chansonnette sur la musique des Jolies colonies de vacances de Pierre Perret, sous le regard attendri et énamouré de Françoise.
"Les jolies randonnées en montagne
Merci UFTM pour ces programmes
Chaque mois j'voudrais que ca recommence
You Kaidi aidi aida
Les montées et la caillasse
Faut pas s'en faire, faut s'accrocher
Ici on est bien entourés
J'suis débutant mais j'me débrouille
C'est toujours un endroit de rêve
Faut pas s'en faire, faut pas glisser
J'poursuis le guide chevronné
Et je m'accroche à tout c'que je trouve..."
Bernard est réparé ça c'est sûr. Mais ceux qui le connaissent savent que si le corps était un peu en vrac, le moral est resté entier et d'acier tout du long. Bravo Bernard!!!

Et le mot de la fin revient à Didier, grand ordonnateur de cette Berniathérapie de 9 kms, 360 m de dénivelé en 4 heures :
"Ce qui marque, c'est d'avoir pu écrire la conclusion probable avant la réalisation. Chaque membre de l'orchestre connaissait sa partition et aucune fausse note n'a mis le concert en péril.
What else...?
Les véritables stars du jour (B. et F.) ont pu passer une étape importante dans la récupération mais aussi dans l'acceptation...
Une belle journée donc."
À suivre et vive la Bernia!!!


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